Un portefeuille de FNB diversifié au Canada ne consiste pas simplement à acheter plusieurs symboles boursiers. La diversification utile repose sur une idée plus large : répartir l’épargne entre des placements qui n’ont pas tous les mêmes risques, les mêmes sources de rendement ni les mêmes réactions aux conditions économiques.

Les fonds négociés en bourse (FNB) peuvent faciliter cette démarche, parce qu’un seul fonds peut déjà détenir de nombreuses actions ou obligations. Cela ne signifie toutefois pas que tous les FNB sont diversifiés de la même façon. Un FNB peut être très concentré dans un secteur, un pays, une devise ou quelques émetteurs. Avant de bâtir un portefeuille, il faut donc regarder ce que les FNB détiennent réellement, et non seulement le nombre de FNB dans le compte.

Ce guide présente une méthode de réflexion générale pour structurer et vérifier un portefeuille. Il ne constitue pas une recommandation personnalisée ni une invitation à acheter ou à vendre un FNB.

Commencer par l’objectif et l’horizon de placement

La première décision n’est pas le choix d’un FNB. C’est la définition du rôle que doit jouer l’argent investi. Un objectif à court terme, comme une dépense prévue dans quelques années, n’a pas les mêmes contraintes qu’un objectif à long terme. Plus l’échéance est rapprochée, plus une baisse de marché juste avant le retrait peut avoir des conséquences importantes.

Un cadre simple consiste à noter :

  • l’objectif du portefeuille;
  • la date ou la période où l’argent pourrait être requis;
  • le montant que vous êtes prêt à voir fluctuer sans modifier votre plan dans la précipitation;
  • les liquidités nécessaires pour les dépenses et les imprévus;
  • les comptes utilisés, par exemple un CELI, un REER, un CELIAPP ou un compte non enregistré.

Les comptes enregistrés sont des contenants fiscaux, non des placements. Ils peuvent contenir différents types de placements admissibles, dont plusieurs FNB. Les règles de cotisation, de retrait et d’imposition diffèrent d’un compte à l’autre; il est donc prudent de vérifier votre situation auprès de l’Agence du revenu du Canada ou d’un professionnel qualifié avant de prendre une décision fiscale.

Comprendre les trois grandes dimensions de la diversification

Une diversification solide se vérifie habituellement à trois niveaux : entre les catégories d’actifs, à l’intérieur de chaque catégorie et entre les régions du monde.

1. Répartir entre les catégories d’actifs

Les actions, les titres à revenu fixe et les liquidités n’ont pas le même profil de risque. Les actions offrent une participation à la croissance et aux bénéfices des entreprises, mais leur valeur peut fluctuer fortement. Les obligations et autres titres à revenu fixe peuvent aussi perdre de la valeur, notamment lorsque les taux d’intérêt changent ou que la qualité de crédit se détériore, mais leur comportement peut différer de celui des actions. Les liquidités sont généralement plus stables, mais elles peuvent perdre du pouvoir d’achat lorsque l’inflation est élevée.

La proportion consacrée à chaque catégorie s’appelle la répartition d’actifs. C’est souvent un facteur plus important pour le niveau de fluctuations attendu que le choix entre deux FNB semblables. Une répartition comportant davantage d’actions peut connaître des variations plus marquées; une part plus élevée de titres à revenu fixe ou de liquidités peut réduire certaines fluctuations, tout en limitant aussi le potentiel de croissance à long terme. Aucun mélange ne protège contre toutes les pertes.

2. Diversifier à l’intérieur des actions et des obligations

Détenir un FNB d’actions canadiennes est différent de détenir un portefeuille mondial d’actions. Le marché canadien est relativement concentré dans certains secteurs, notamment les services financiers, l’énergie et les matières. Il peut donc être utile d’examiner l’exposition à d’autres marchés, comme les États-Unis, les marchés développés internationaux et, selon le mandat retenu, les marchés émergents.

La même logique s’applique au revenu fixe. Un FNB obligataire peut être exposé à des obligations gouvernementales, à des obligations de sociétés, à des échéances courtes ou longues, à des titres canadiens ou étrangers, et à différents niveaux de qualité de crédit. Deux FNB portant l’étiquette « obligataire » peuvent donc réagir très différemment à une hausse des taux ou à une période de stress sur les marchés.

3. Vérifier le chevauchement

Ajouter plusieurs FNB ne crée pas automatiquement plus de diversification. Par exemple, un FNB canadien, un FNB de banques canadiennes et un FNB de dividendes canadiens peuvent détenir plusieurs des mêmes entreprises. La multiplication des fonds peut alors donner une impression de variété tout en augmentant la concentration.

Pour détecter ce risque, comparez les dix principaux titres, les pondérations sectorielles, les pays couverts et l’indice suivi. L’Aperçu du FNB est un point de départ pratique : il résume notamment la composition, le niveau de risque, le RFG et certaines informations de négociation.

Deux architectures simples à comprendre

Il existe de nombreuses façons de construire un portefeuille. Voici deux structures éducatives courantes. Elles illustrent des compromis, et non des modèles universels.

Option A : un FNB de répartition d’actifs

Un FNB de répartition d’actifs regroupe généralement plusieurs FNB sous-jacents et vise une combinaison déterminée d’actions et de titres à revenu fixe. Son principal avantage est la simplicité : une seule position peut couvrir plusieurs régions et catégories d’actifs, et le gestionnaire effectue habituellement le rééquilibrage à l’intérieur du fonds.

La contrepartie est un contrôle plus limité. L’investisseur accepte la répartition, les FNB sous-jacents et la méthode de rééquilibrage du produit. Il faut donc vérifier si la part d’actions, le revenu fixe, l’exposition internationale, les frais et les risques correspondent au rôle que le portefeuille doit jouer.

Option B : quelques FNB de base

Une autre approche consiste à combiner séparément des FNB couvrant, par exemple, les actions canadiennes, américaines, internationales et les obligations. Cette structure permet d’établir une répartition personnalisée et de modifier une composante sans toucher aux autres.

Elle exige toutefois davantage de suivi. Il faut surveiller les pondérations, les chevauchements, les coûts de transaction, les distributions et les écarts entre la répartition cible et la répartition réelle. Une structure plus détaillée n’est pas nécessairement meilleure si elle devient difficile à maintenir.

Lire les coûts au-delà du RFG

Le ratio des frais de gestion (RFG) représente les frais de gestion et les dépenses d’exploitation du fonds. Il est exprimé en pourcentage annuel et réduit le rendement du fonds; il n’est pas habituellement prélevé comme une facture distincte. Comparer les RFG est utile, mais insuffisant.

Un examen complet tient aussi compte :

  • des commissions de courtage, lorsqu’elles s’appliquent;
  • de l’écart acheteur-vendeur, soit la différence entre le prix auquel vous pouvez vendre et celui auquel vous pouvez acheter;
  • des frais de conversion de devises, le cas échéant;
  • des frais de tenue ou d’inactivité du compte;
  • des coûts de négociation à l’intérieur du fonds, qui ne sont pas tous reflétés dans le RFG.

Un coût faible ne compense pas un mandat mal compris. À l’inverse, un portefeuille très complexe peut entraîner plus de transactions et de frais sans améliorer réellement la diversification. L’objectif est de comprendre le coût total et le rôle précis de chaque composante.

Prévoir le rééquilibrage avant que les marchés bougent

Avec le temps, les rendements différents font dériver les pondérations. Si les actions montent beaucoup, leur part peut devenir plus grande que prévu; après une baisse, elle peut diminuer. Le rééquilibrage consiste à ramener le portefeuille vers la répartition choisie, selon une règle définie à l’avance.

Une règle peut être temporelle, par exemple une vérification périodique, ou fondée sur un écart important par rapport aux pondérations cibles. Dans un compte non enregistré, vendre pour rééquilibrer peut avoir des conséquences fiscales. Certaines personnes préfèrent donc utiliser les nouvelles cotisations ou les distributions en espèces pour réduire les écarts, lorsqu’elles ont décidé que cette méthode convient à leur plan.

Le point important est d’éviter que le rééquilibrage devienne une réaction aux manchettes ou aux performances récentes. Un rendement passé, même sur plusieurs années, ne garantit pas le rendement futur.

Risques que la diversification ne fait pas disparaître

La diversification peut réduire le risque lié à une entreprise, un secteur ou un pays, mais elle n’élimine pas le risque de marché. Lors d’une crise, plusieurs catégories d’actifs peuvent baisser simultanément et les écarts acheteur-vendeur peuvent s’élargir. Les FNB peuvent aussi comporter des risques de taux d’intérêt, de crédit, de change, de liquidité, de suivi d’indice et, selon le produit, de dérivés ou de levier.

Un FNB ayant une cote de risque faible peut tout de même perdre de l’argent. Les distributions ne sont pas garanties non plus, et elles ne devraient pas être confondues avec le rendement total. Une distribution peut provenir de dividendes, d’intérêts, de gains en capital ou, dans certains cas, de remboursement de capital.

Une liste de vérification avant d’ajouter un FNB

  1. Quel rôle joue-t-il? Actions, obligations, liquidités, exposition régionale ou mandat plus spécialisé?
  2. Que détient-il? Consultez l’indice, les principaux titres, les secteurs et les pays.
  3. Ajoute-t-il une exposition nouvelle? Ou double-t-il une position existante?
  4. Quels sont les risques? Lisez la cote de risque, le prospectus et l’Aperçu du FNB.
  5. Quels sont les coûts complets? RFG, écart acheteur-vendeur, commissions, compte et devise.
  6. Comment sera-t-il rééquilibré? Définissez une méthode avant d’en avoir besoin.

Un portefeuille de FNB diversifié n’a pas besoin d’être compliqué. Il doit surtout être cohérent avec un objectif, une échéance, une tolérance aux fluctuations et une méthode de suivi que vous comprenez. Si ces éléments sont difficiles à établir, un conseiller inscrit peut aider à évaluer la convenance d’une stratégie dans le contexte de votre situation personnelle.

Sources consultées

Ces sources servent à vérifier et approfondir les notions présentées.

  1. Diversification : pourquoi diversifier votre portefeuille? — Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI / CIRO)
  2. ETF Facts — Autorités canadiennes en valeurs mobilières (ACVM / CSA)
  3. Fees and Costs — Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI / CIRO)
  4. What diversification means for your investments — GetSmarterAboutMoney.ca, Commission des valeurs mobilières de l’Ontario
  5. Saving for the future — Agence du revenu du Canada