Un cours boursier, pris seul, dit peu de chose sur la valeur relative d’une entreprise. Une action à 25 $ n’est pas automatiquement « moins chère » qu’une action à 250 $. Le prix doit être mis en relation avec ce que l’entreprise gagne, possède ou génère en trésorerie. C’est précisément le rôle des ratios de valorisation d’une action.
Les ratios cours-bénéfice (C/B ou P/E), cours-valeur comptable (C/VC ou P/B) et ceux fondés sur les flux de trésorerie sont des raccourcis utiles pour structurer une comparaison. Ils ne produisent toutefois pas une valeur « juste » automatique ni un signal d’achat ou de vente. Ils constituent plutôt un tableau de bord : ils aident à poser de meilleures questions sur la rentabilité, la solidité financière, les attentes du marché et les risques d’une société.
Avant le ratio : comparer des données comparables
Un ratio n’est aussi fiable que les données qui le composent. Avant de comparer deux titres, vérifiez notamment :
- la même période : douze derniers mois, dernier exercice ou estimations pour les douze prochains mois;
- la même définition : bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires, bénéfice ajusté, flux de trésorerie d’exploitation ou flux de trésorerie disponible;
- des entreprises comparables : même secteur, modèle d’affaires, géographie et stade de maturité, autant que possible;
- la structure financière : deux entreprises ayant le même ratio peuvent porter des niveaux d’endettement très différents;
- les événements inhabituels : dépréciation, gain à la vente d’un actif, règlement juridique, acquisition ou restructuration.
Pour une société canadienne, les états financiers, le rapport de gestion et les communiqués de résultats constituent le point de départ. Les documents d’information continue, y compris les états financiers et les rapports annuels, sont accessibles par SEDAR+. SEDAR+ permet de rechercher ces documents publics. Un chiffre repris par un site financier peut être pratique, mais il vaut mieux comprendre sa période de référence et sa méthode de calcul avant de l’utiliser.
Le P/E : le cours par rapport aux bénéfices
Le ratio P/E, souvent appelé C/B en français, relie le cours d’une action à son bénéfice par action :
P/E = cours de l’action ÷ bénéfice par action (BPA)
Par exemple, une action hypothétique qui se négocie à 60 $ et qui a généré un BPA de 4 $ affiche un P/E de 15. En simplifiant, le marché paie 15 $ pour chaque dollar de bénéfice annuel par action. Ce calcul n’indique pas combien l’entreprise « vaut vraiment »; il exprime plutôt le prix que le marché attribue à ses bénéfices actuels ou attendus.
P/E historique ou prévisionnel?
Le P/E historique utilise les bénéfices déjà publiés, souvent ceux des douze derniers mois. Il s’appuie sur des résultats vérifiables, mais ces résultats peuvent ne plus représenter la situation actuelle. Le P/E prévisionnel utilise des bénéfices estimés. Il peut mieux refléter ce que le marché anticipe, mais il dépend d’hypothèses qui peuvent changer rapidement.
Un P/E élevé peut refléter des attentes de croissance, une marge bénéficiaire durablement élevée, une activité perçue comme défensive ou une baisse temporaire des bénéfices qui gonfle artificiellement le ratio. Un P/E faible peut signaler un titre délaissé, des perspectives modestes, des bénéfices jugés non durables ou des risques que le marché estime importants. Le ratio n’explique pas, à lui seul, laquelle de ces interprétations est la bonne.
Quand le P/E devient peu utile
Si le BPA est nul ou négatif, le P/E est absent, négatif ou difficile à interpréter. Ce n’est pas nécessairement une erreur de données : une entreprise en démarrage, cyclique ou en restructuration peut réellement être déficitaire. Dans ce cas, il peut être plus pertinent d’examiner les revenus, les marges, le bilan, la liquidité et les flux de trésorerie. Il faut aussi distinguer le bénéfice net publié des mesures ajustées présentées par certaines entreprises. Les mesures non conformes aux PCGR/IFRS peuvent être éclairantes, mais leur définition varie d’un émetteur à l’autre; elles ne devraient donc pas remplacer les états financiers.
Le P/B : le cours par rapport à la valeur comptable
Le P/B compare la valeur boursière à la valeur comptable des capitaux propres :
P/B = cours de l’action ÷ valeur comptable par action
La valeur comptable par action provient essentiellement des capitaux propres attribuables aux actionnaires ordinaires, divisés par le nombre d’actions. Un P/B de 1 signifie que, selon les données comptables retenues, le marché évalue l’action près de sa valeur comptable. Un P/B de 2 signifie que le marché la valorise à deux fois cette valeur.
Le P/B est souvent plus parlant pour les institutions financières, les assureurs et certaines entreprises dont le bilan est central au modèle d’affaires. Pour une banque, par exemple, la qualité des actifs, les provisions, le capital réglementaire et le rendement obtenu sur les capitaux propres comptent énormément. Un P/B bas sans examen de ces facteurs peut être trompeur.
Le ratio devient aussi moins révélateur pour des entreprises riches en marques, logiciels, données, talents ou autres actifs incorporels qui ne figurent pas toujours au bilan à leur valeur économique. À l’inverse, une forte acquisition peut créer un goodwill important et gonfler la valeur comptable. Il faut donc lire les notes aux états financiers, regarder la composition des capitaux propres et se demander si les actifs comptables sont réellement comparables entre les sociétés.
Les ratios de trésorerie : vérifier la capacité de générer du cash
Les bénéfices comptables sont essentiels, mais ils ne sont pas identiques aux liquidités encaissées. Le tableau des flux de trésorerie indique notamment les flux liés aux activités d’exploitation, aux investissements et au financement. Deux ratios simples peuvent compléter le P/E :
- Cours / flux de trésorerie d’exploitation par action : cours de l’action ÷ flux de trésorerie liés aux activités d’exploitation par action;
- Rendement des flux de trésorerie disponible : flux de trésorerie disponible ÷ capitalisation boursière, habituellement exprimé en pourcentage.
Le premier ressemble au P/E, mais remplace le bénéfice par les flux d’exploitation. Le second inverse en quelque sorte un ratio de prix : plus le rendement est élevé, plus le flux de trésorerie disponible est important par rapport à la valeur boursière, toutes choses égales par ailleurs.
La prudence est indispensable avec le flux de trésorerie disponible (free cash flow). Il n’existe pas une définition IFRS universelle pour cette mesure. Une entreprise peut le calculer comme les flux d’exploitation moins les dépenses en immobilisations; une autre peut exclure ou inclure certains éléments différemment. Consultez toujours le rapprochement fourni par l’émetteur. De plus, une baisse temporaire du flux disponible peut être liée à des investissements productifs, tandis qu’un niveau élevé peut découler d’un sous-investissement susceptible de nuire à l’entreprise plus tard.
Un exemple de tableau de bord, sans verdict automatique
| Mesure hypothétique | Société A | Société B | Question à poser |
|---|---|---|---|
| P/E historique | 12 | 24 | B prévoit-elle une croissance ou A fait-elle face à un risque? |
| P/B | 0,9 | 3,0 | Les actifs et le rendement sur les capitaux propres sont-ils comparables? |
| Rendement du flux disponible | 8 % | 3 % | Les flux sont-ils durables après les investissements nécessaires? |
| Dette nette | Élevée | Faible | Quel effet les intérêts et les échéances ont-ils sur le risque? |
Aucun de ces chiffres ne permet de déclarer A « bon marché » ou B « chère ». B pourrait mériter une valorisation supérieure grâce à une croissance rentable et à un bilan solide. A pourrait sembler peu coûteuse parce que ses bénéfices ou ses actifs risquent de diminuer. La réponse se trouve dans les résultats, les perspectives, le secteur et la capacité de l’entreprise à financer ses activités.
Une méthode simple pour votre tableau de bord
- Choisissez un petit groupe de pairs pertinents. Comparez une entreprise avec des sociétés ayant une économie semblable, pas seulement avec l’ensemble du marché.
- Notez la date et la source. Le cours évolue chaque jour, alors que les données financières sont trimestrielles ou annuelles.
- Affichez au moins trois angles. Un ratio de bénéfices, un ratio de bilan et un ratio de trésorerie réduisent le risque de s’accrocher à une seule mesure.
- Ajoutez le contexte. Croissance des revenus, marges, dette, rachats d’actions, dividendes, acquisitions et risques sectoriels peuvent modifier l’interprétation.
- Évitez la fausse précision. Un P/E de 14,2 contre 14,8 ne suffit pas à départager deux entreprises si les hypothèses de bénéfices sont incertaines.
Enfin, une action peut rester chère ou bon marché plus longtemps qu’un investisseur ne l’imagine. Les ratios de valorisation sont utiles pour comparer et approfondir une analyse, pas pour éliminer le risque. Une position concentrée dans une seule action expose aussi le portefeuille à des risques propres à l’entreprise; la diversification demeure une considération importante.
Ce contenu est fourni à des fins éducatives générales et ne constitue pas un conseil en placement ni une recommandation d’acheter ou de vendre un titre.
Sources consultées
Ces sources servent à vérifier et approfondir les notions présentées.
- SEDAR+ — Recherche et téléchargement de documents — Autorités canadiennes en valeurs mobilières / SEDAR+
- SEDAR+ — Documents d’information continue — SEDAR+ Help Centre
- Glossary: Price-Earnings (P/E) Ratio — Investor.gov, U.S. Securities and Exchange Commission
- Glossary: Price/Book Ratio — Investor.gov, U.S. Securities and Exchange Commission
- Investor Bulletin: Ten Things You Should Know About Investing — Investor.gov, U.S. Securities and Exchange Commission